Test de jeu / / Driver : San Francisco

- publié le 11 octobre 2011
- Etat : Disponible
- Date de sortie :29/09/2011
- Distributeur :Ubisoft Entertainment
- Genre :Course
Driver. Un titre qui résonne dans le coeur des fervents amoureux du jeu de caisse de tout poil et qui aiment balancer entre le fromage et le dijo' que " quand même, c'était mieux avant ". Douze ans plus tard, cette tirade est d'autant plus d'actualité parce que Driver : San Francisco sort sur nos machines. Malheureusement, les approximations et les délires abracadabrantesques des développeurs ne pardonnent plus et ce retour aux sources annoncé par l'éditeur va se transformer en véritable déception. Sortez vos mouchoirs, l'ambiance So Seventies de Driver est officiellement morte. Comme c'est triste…




Ne vous fiez pas aux apparencesQuand une franchise légendaire se décide à revenir sur le devant de la scène vidéo-ludique, on se sent saisi par de gros frissons. Des souvenirs joyeux remontent à la surface. Notre jeunesse évanouie se refait et on se retrouve à brancher la première PlayStation à cinq heures du mat' car nous sommes bien trop impatients de retrouver des sensations si spéciales. Puis, quand l'objet de notre désir est enfin disponible, on se demande irrémédiablement ce qu'il a bien pu se passer dans la tête de développeurs aussi talentueux… Désormais, on parlera du syndrome Duke Nukem. Vous l'aurez compris, Driver : San Francisco n'a d'un Driver que le nom, ainsi que trois personnages. Le pitch ? On commence peu de temps après la fin de Driver 3. Jéricho doit être transféré au tribunal pour répondre de ses actes, mais le bougre va réussir à s'enfuir. A la fin d'une course-poursuite entre le malfrat et le duo Jones/Tanner, notre flic préféré va sombrer dans un profond coma duquel il rêvera (ou pas, mais chuuuut) de la suite de son enquête. Pendant une progression d'environ 5-6 heures, on se retrouvera à jouer du shift pour coffrer une fois pour toute l'ennemi public numéro un de San Francisco, avec un dénouement franchement décevant. Mais nous vous laisserons vous faire votre propre avis sur le scénario... Sans plus attendre, partons dans l'analyse complète de ce titre et le premier prévenu à passer à la barre n'est autre que le contenu.
Certes, nous avons beaucoup de choses à dire de ce côté. Tout d'abord, les développeurs ont confectionné une ville unique gigantesque baptisée San Francisco. Si on reconnaît les monuments et les lieux célèbres de cette grande cité de la Californie, il est important de préciser que de nombreuses libertés ont été prises en ce qui concerne " la vraie ville ". Ceci dit, on peut retrouver les fameuses rues en pente pour faire de gros sauts, en passant par la banlieue miteuse jusqu'aux grattes ciel. A partir d'ici, sachez que de nombreux objectifs secondaires vous attendent sur la carte (ceux en bleu), en plus de ceux qui font avancer le scénario (les icônes jaunes). Pour les premières, elles sont séparées en trois catégories : les activités, les exploits et les défis. Les activités se traduisent sous la forme de courses simples, ou contre-la-montre dans lesquelles vous devrez parfois détruire des éléments bien précis (comme des caisses de faux médicaments), ou encore participer à des courses poursuites des deux côtés de la loi. Pour les exploits, on devra réaliser des cascades, en passant par faire une pointe de vitesse pendant un temps donné. Quant aux défis, il s'agira souvent de faire peur à son passager, d'accumuler des points en exécutant des drift, ou encore de battre des temps avec une voiture obligatoire.
Pour être tout à fait franc, ces missions assez répétitives sur la forme n'ont, sur le long terme, absolument aucun intérêt. Mis à part pour ceux qui voudront terminer le titre à 100%. Mais force est de reconnaître que le nombre est conséquent. En effet, sachez qu'il existe en tout est pour tout 150 missions et que ces dernières vous octroient des points de volonté : la monnaie du jeu qui vous permet d'acheter des voitures, des améliorations pour vos véhicules, ou carrément d'acheter des garages pour avoir une rémunération supplémentaire. Encore une fois, cette monnaie ne sert à rien, puisque l'on peut prendre n'importe quel véhicule rapidement pendant une partie via le Shift (on y reviendra très rapidement). On accumule rapidement des milliers de points, sans savoir qu'en faire. Exit la difficulté d'en engranger qui pourrait, à la limite, ouvrir un intérêt à ce système, puisqu'il suffit de faire des drift, des dépassements, des sauts, ou juste rouler (!), pour voir sa cagnotte augmenter à la vitesse de la lumière. En sus, ces missions secondaires ressemblent fortement aux missions qui permettent de débloquer les objectifs scénarisées (qui vous permettront d'avancer dans le scénario principal - type vieille série SF de seconde zone -), on aura logiquement que peu de motivation à rempiler pour des centaines d'objectifs qui se ressemblent à peu près tous. Puis pour terminer sur le contenu solo, on regrette l'absence d'un mode split-screen à deux joueurs sur PC.




Un gameplay décevantL'heure est à la découverte du gameplay et plus particulièrement du système du Shift. On vous en parlait déjà à l'occasion de notre Game in progress, le Shift, c'est la possibilité de changer de voiture en sortant du corps du conducteur pour sélectionner un autre bolide sur n'importe quelle route de l'énorme carte du jeu. A noter qu'il existe plusieurs niveaux de Shift afin de se déplacer rapidement sur la map et de se rendre à une mission sans temps mort, enfin presque. Effectivement, la navigation en mode shift se révèle très lente et peu précise. Il arrive donc parfois que l'on prenne le volant d'une voiture qui se trouve juste à côté de celle que l'on voulait sélectionner. L'autre possibilité du Shift, c'est d'emprunter plusieurs voitures en un clin d'oeil via le shift-éclair (RB) lors de missions. Ainsi, si vous faites une mauvaise manoeuvre pendant une course-poursuite, vous pourrez rapidement prendre le contrôle d'un véhicule à proximité pour continuer la mission. Un moyen de tenir un rythme élevé, sans devoir se remettre dans la course après avoir perdu un temps précieux. A savoir que quand on goûte au Shift, il est très compliqué de revenir à des objectifs qui ne permettent pas de l'utiliser.
Toutefois, il est important de prendre conscience que ce système brise les bases du Driver que l'on connaissait en y ajoutant une dimension science-fiction (visiblement très importante dans les dernières productions d'Ubisoft à la façon d'un Assassin's Creed), mais qui n'a rien à faire dans un Driver, où la conduite précise tenait une place de choix. Ainsi, dans Driver : San Francisco, on doit aller toujours plus vite, toujours plus haut et ce, avec une conduite entièrement Arcade qui ne laisse pas de place à la manière dont on conduisait sur Driver premier du nom. Croyez-moi, les fans du premier seront déçus et se sentiront carrément trahis par ce virage vers le grand public. Malheureusement, on aurait voulu retrouver cette exigence du pilotage (souvenez-vous de la mission Garage) qui faisait de Tanner le pilote à engager pour les mafieux. Visiblement, les développeurs d'Ubisoft Reflections savent éperdument que leur Driver d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec le magnifique Driver d'antan et ont décidé de maquiller le tout avec des survirages systématiques. N'espérez pas dominer votre bolide à la perfection, ce dernier partira quoi qu'il arrive en drift au moindre coup de volant et on ne parle même pas des phases cataclysmiques en off-road qui se révèlent carrément injouables. On se demande bien ce qui s'est passé dans la tête des concepteurs pour opérer une telle poussée vers le bas de la maniabilité.
Ajoutez à cela des centaines de véhicules aux comportements identiques, (d'accord, les camions sont plus lourds, mais c'est tout) et on se contentera de sélectionner un pur sang par sa marque et son design, plus que pour ses caractéristiques qu'on nous promettaient uniques. En sus, on note l'apparition d'un boost en poussant le joystick vers le haut (le même que pour la direction, je vous parle même pas des effets néfastes sur la conduite que cela procure), ainsi qu'un bélier qui permet de se jeter sur une courte distance droit dans un véhicule à déstabiliser et vous aurez un gameplay sorti de la science fiction. Où est passé l'esprit Driver dans tout ça?




Vous avez dit Nintendo 64 ?Certainement pas dans les musiques qui partent de The Cure avec Labyrinth, Jamiroquai et son Whatever It is I just can't Stop, en passant par les Beastie Boys avec Suco de Tangerina, en allant jusqu'à Aretha Franklin qui chante son Rock Steady, et Robert Palmer qui lui nous délivre son Sneakin' Sally Thru the Allen. Vous l'aurez compris, les musiques sont certes éclectiques, mais ne servent en rien cette ambiance des années 70 typique des premiers Driver. Visuellement parlant, Driver : San Francisco est clairement médiocre. Les paysages sont même indignes de la PlayStation 2, il arrive également qu'un brouillard s'installe pour cacher les limites cruelles du moteur graphique. Mais ce n'est pas tout, car les petits gars d'Ubisoft Reflections se sont amusés à installer un manque de cohérence farfelu à notre époque. Concrètement, les cinématiques en solo sont spectaculaires. Là, on est d'accord. Mais ce qui choc, c'est cette façon de jongler entre des fenêtres qui permettent de voir les personnages en images de synthèse avec sur le reste de l'écran des graphismes d'un autre âge et où on voit des personnages dépourvus d'animations. On se retrouve donc en train de regarder un pêle-mêle choquant qui défonce l'immersion à grands coups de pelle. Suite de quoi, on a droit quelques fois à des ralentissements pendant les courses, ce qui est plus flagrant en multi et avec un mauvais mixage des voix françaises qui sont parfois inaudibles. Le manque de finition fait vraiment peine à voir...
Pour conclure le test de Driver : San Francisco, un petit mot sur les modes multi-joueurs s'impose. De ce côté, il est important de signaler que vos prouesses dans le mode solo n'ont absolument aucune incidence sur le mode multi en ligne. Il faudra donc tout recommencer du début et le moins que l'on aurait pu espérer c'est qu'en effectuant de nombreux défis en solo, notre jauge d'expérience en multi aurait pu évoluer. Néanmoins, les parties solo et multi sont indépendantes. Encore une imperfection qui pourra agacer ceux qui ont eu le mérite de boucler le solo, à contrario des mordus du multi. Un désavantage certain. Aussi, le gameplay se voit un peu chamboulé, puisque la jauge d'énergie ne sert pas seulement de turbo, 25% de la barre est dédiée à la possibilité, ou non, de shifter. Et enfin, vous pourrez affronter jusqu'à 7 joueurs sur un total de 11 épreuves dont le Pistage, Capture de Drapeau, Course de shifts, Sprint GP, Course classique, ou encore Chasse au trophée. De quoi bien s'amuser à défaut d'avoir un solo dans la même veine que du premier Driver.
• Beaucoup d'objectifs secondaires
• Les modes multi-joueurs
• Le shift plutôt agréable à utiliser
• Graphiquement médiocre
• Trop facile
• On est loin de l'esprit Driver
Verdict
Si la promesse du retour aux sources de Driver vous a titillé au point de songer à l'achat de cet opus, alors préparez-vous à regretter votre investissement. On est plus près d'un Burnout lite que d'un Driver. Vous savez, celui qui misait tout ce qu'il avait sur son pilotage millimétré et son exigence hors du commun. Aujourd'hui, on a en face de nous un jeu facile, qui part dans un trip hallucinogène digne d'une série SF de seconde zone, le tout avec des dialogues mal écrits. Toutefois, il faudra se tourner vers les nombreux modes multi-joueurs pour trouver un quelconque fun. Cette fois c'est officiel, la série est morte et enterrée. Il faudra malheureusement s'y faire…
Le Village PCA

Graphismes
3 / 10Des textures baveuses, une profondeur de champ calimiteuse et une réalisation clairement indigne de nos machines surpuissances. Quelques ralentissements pourront aussi se faire ressentir. Des limites cruelles.
Jouabilité
5 / 10Si on se fait bien à l'utilisation du shift, la notion de pilotage minutieux du premier Driver n'est plus, on est en effet plus proche d'un Burnout lite. La facilité avec laquelle on avance est aussi troublante pour un jeu à l'origine exigeant.
Son
5 / 10La bande son est certes éclectique, mais on s'éloigne très largement de l'époque 70's du titre d'origine. Quant aux doublages, ils sont mal mixés. Heureusement que les bruitages sont corrects.
Durée de vie
6 / 10Il ne vous faudra pas plus de 5-6 heures pour boucler le scénario (avec une grosse déception en prime), avant de vous lancer dans le multi. Ici, vous aurez de quoi faire, mais on aurait aimé beaucoup plus de soin au jeu solo.
Fun
6 / 10Ceux qui attendent un retour aux sources se sentiront trahis avec une réalisation hors sujet. Quant aux sensations, on est bien loin de celles du premier Driver. Arrêtez vos promesses commerciales, on veut du concret !