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Interview PC

Stanislas Berton - L'interview videoludiquement incorrecte | le 04 juillet 2011 à 14h09, par Fassenjah

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A quelques heures de la publication de notre test de The Asskickers, nous avons le plaisir de vous présenter notre interview vidéoludiquement incorrecte de Stanislas Berton, cofondateur du studio indépendant AGO Games et directeur de création du beat'em up The Asskickers. De quoi découvrir plus en détails l'histoire de ce soft, ainsi que l'approche de son créateur sur l'industrie du jeu vidéo. Installez-vous bien, c'est l'heure de botter des culs !

PCActu.com : Bonjour Stanislas, pouvez-vous vous présenter, ainsi que votre studio, à nos lecteurs ?

Stanislas Berton : Bonjour, je m’appelle Stanislas Berton. Je suis un grand brun avec d’énormes sourcils que j’ai volé sur la dépouille encore chaude de Brejnev (NDLR. Ah ouaiiis !). Fort de cet attribut, je me suis dit que j’allais pouvoir faire carrière dans l’hypnose ou le cinéma fantastique hongrois mais j’ai finalement décide de faire du jeu vidéo. J’ai donc crée le studio AGO Games à Nancy en février 2010 parce que j’adore cette ville dont la devise est « Qui s’y frotte s’y pique »

On est ensemble pour parler de votre premier jeu baptisé The Asskickers. Vous pouvez nous présenter votre bébé ?

The Asskickers est un bon gros bébé bien joufflu qui fait 3 kilos de beat’em up à l’ancienne, 500 grammes de mauvais esprit et quelques grammes de fantaisies de gameplay. Certains disent qu’il y a un peu une sale gueule mais ça fait souvent ça quand la mère picole trop pendant sa maternité. Mais au moins il fait marrer les gens et en plus, ça le pousse à être intelligent pour compenser. Et comme tous les bébés, si on lui met un cigare dans la bouche et un verre de whisky à la main, il ressemble à Winston Churchill.

Ces dernières années, le beat-em up est absent de nos PC, d'où est partie l'idée de créer The Asskickers ?

The Asskickers, c’est ma réponse à ma déception de joueur. Quand j’étais jeune, les jeux vidéo c’était un truc de fifou. On dilapidait les pièces de dix francs (des francs !) volés dans le porte monnaie de nos grands mère sur des bornes d’arcade où on se faisait rétamer en dix secondes. Par ailleurs, les développeurs nous pondaient des concepts et des univers délirants, on sentait que les mecs se faisaient plaisir. C’était parfois un peu bancal pas toujours très joli mais au moins, c’était vivant. Aujourd’hui, le jeu vidéo c’est comme une bimbo refaite de partout. C’est super beau à regarder, tu peux faire le malin devant tes potes, tu t’amuses dix minutes avec, mais après tu t’emmerdes vraiment parce que tu te rends compte que derrière la belle façade, c’est lisse et vide. Avec The Asskickers, j’ai voulu retrouver l’esprit old-school sur le fond et sur la forme.

A votre avis, comment un studio indépendant à petit budget peut se faire une place face aux produits des gros éditeurs ?

En faisant tout le contraire de ce qu’ils font ! Avoir de la personnalité, là où tout est formaté. Considérer les joueurs comme des gens intelligents au lieu de les prendre pour des cons. Créer des univers originaux au lieu d’exploiter des licences ad nauseam. Prendre des risques au lieu de jouer la sécurité. Accepter de ne pas plaire à tout le monde en étant soi même au lieu de chercher le plus petit dénominateur commun.

A la base, le beat'em up conduit les joueurs à exploser des Punks, des putes et des gauchos. Vous avez décidé de votre côté d'inverser totalement les codes du genre pour pointer du doigt le monde tel qu'il est aujourd'hui, ou simplement parce que vous avez toujours rêvé de botter le cul de votre petit voisin bourgeois ?

J’ai de très bons rapports avec mon voisin bourgeois car il se prétend communiste et du coup, ça me fait marrer (je jure que c’est vrai). Mais par contre, je nourris une saine animosité à l’encontre des branleurs arrogants que j’ai pu croiser lors de mes études, des mêmes mais diplômés et tout aussi incompétents croisés plus tard dans le monde de l’entreprise et plus généralement, tous ceux qui ont réalisé le casse du siècle lors de la crise financière de 2008 détruisant au passage des millions d’emplois, ruinant des milliers de petits épargnants et plus généralement ayant mené le monde au bord de la catastrophe économique et qui ont réussi à s’en sortir parce que techniquement ils n’ont rien fait d’illégal. Alors oui, je pense que certains méritent de se faire méchamment botter le cul.

Du coup, quels sont les éléments que vous avez utilisés pour renforcer l'ambiance " capitaliste " et cupide des ennemis que l'on affronte dans The Asskickers ?

Mon credo, c’est de faire passer le message par le design. Que ce soit les ennemis et les décors, tout a été pensé pour être cohérent. Des exemples : au lieu d’utiliser des battes ou des couteaux, les ennemis utilisent des clubs de golf. Le fat cat « pèse » lourd financièrement donc il essaie d’écraser le joueur ; le trader peut couler une banque en une journée : il possède des pouvoirs magiques. Un jeune branleur seul n’est pas dangereux mais un groupe de jeunes branleurs le devient, etc. Idem pour les décors : l’enchaînement des environnements a été conçu pour raconter une histoire. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais on « monte » physiquement et socialement.

J'ai en tête quelques studios français qui n'ont pas survécu à leurs dernières productions. Avez-vous une appréhension concernant le retour des joueurs ?

Oui, c’est ce qui m’empêche actuellement de dormir la nuit et me pousse à chercher refuge et réconfort dans l’alcool et les femmes. Pour moi, le vrai problème ce sont les attentes des joueurs. S’ils se disent : tiens un petit beat’em up à l’ancienne remis au goût du jour avec un univers sympa et deux trois idées marrantes, ça me botte bien ! Pas de problème. Par contre, s’ils s’imaginent que l’on peut faire jeu égal avec des grosses prod même en 2D qui coûtent dix fois plus que notre jeu avec des animations en 24 images seconde, des décors hyper détaillés avec des animations de background etc, ce n’est juste pas possible. Toute la question est de savoir ce que vous attendez d’un jeu vidéo et le problème, c’est que toute l’industrie ne cesse de monter la barre des exigences toujours plus haut et que tout le monde, surtout les gros en fait, perdent un max d’argent à cause de ça.

Au moment du développement, n'avez-vous pas trop souffert de votre budget, ou de la course contre la montre ? Quels sont les choix les plus difficiles auxquels vous avez été confrontés ?

On souffre toujours parce qu’on veut toujours en faire plus pour que ce soit toujours mieux. Mais c’est le même problème pour les indés que pour les studios AAA. Mon choix le plus difficile a été de me séparer de membres de l’équipe qui, si j’avais continué avec eux, auraient empêché le projet d’être mené à bien.

A l'inverse, s'il ne faudrait retenir qu'une seule chose, de quoi êtes-vous le plus fier concernant The Asskickers ?

Qu’il soit sorti ! Et d’avoir pu réaliser le jeu que je voulais comme je le voulais en ayant fait des concessions sur des détails mais jamais sur l’essentiel.

Concernant l'avenir de The Asskickers et d'AGO Games, y a t-il déjà des choses de programmées, ou ce projet est-il un one shot ?

SB : Tout dépendra des ventes de The Asskickers ! C’est là où les joueurs doivent réaliser qu’ils ont un vrai pouvoir en tant qu’acheteurs. En achetant un jeu d’un jeune studio (le mien ou celui d’un autre, ce n’est pas la question), vous lui donnez la possibilité de continuer à exister, d’apprendre, de s’améliorer, de bâtir une œuvre. C’est quasiment impossible d’y arriver du premier coup. Il faut faire plein d’erreurs avant d’arriver au sommet de son art. Mais si le processus s’arrête au bout du premier jeu parce les joueurs veulent du parfait et du spectaculaire tout de suite et bien, c’est fini. Et ça encourage les gros à continuer à faire ce qu’ils font puisque ça marche ! De mon côté, il y a plein de choses que je veux faire mais si ça ne marche pas avec The Asskickers, ça sera plus difficile et ça me prendra plus de temps.

Le mot de la fin est pour vous. Y a t-il un message que vous voulez faire passer aux lecteurs du Fnac Gaming Network?

Au-delà du jeu vidéo, n’oubliez jamais que vous avez un pouvoir en tant que consommateur et que votre portefeuille est votre meilleur bulletin de vote. A chaque fois que vous donnez de l’argent à une personne plutôt qu’à une autre, vous faîtes un choix qui a une conséquence directe sur le monde dans lequel vous vivez. Si vous voulez des jeux originaux, inventifs, loufoques et jamais vus, soutenez la création indépendante !

Merci beaucoup Stanislas !

Images de The Asskickers

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dossier réalisé par Fassenjah


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